Black Panther, le nouveau film du studio Marvel est un succès indiscutable. J’ai accueilli ce film avec plus d’enthousiasme. Pourquoi ? Au-delà du graphisme et du scénario, c’est une vraie histoire pleine de sagesse. Mais revenons au plus important lol.

L’analyste sémiologue a évidement été frappé par l’aspect culturel intrinsèque et extrinsèque du film. Beaucoup d’articles ont commenté son contenu symbolique. Nous ne l’aborderons pas ici. Nous nous intéresserons à l’imaginaire qu’il propose et comment il se structure.

TCHALLA vs KILLMONGER ou PROTEGER vs CONQUERIR

Tchall’a, le personnage principal est opposé à Killmonger. Tous deux ont une vision initialement divergente de la politique nationale à tenir.  L’univers de chaque personnage peut s’observer au travers des oppositions répertoriées ci-dessous . Tandis que Tchalla adhère à la vision protectionniste qui l’a préexisté, Killmonger est pour une conquête du monde afin de donner une réponse anticolonialisme.

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Isotopie d’oppositions Tchalla vs Killmonger

Un détail intéressant sur le plan chromatique : les deux Black Panther transcendent la notion de bien et de mal. Traditionnellement, on remarque une opposition blanc/noir qui permet de qualifier le sujet gentil et l’opposant méchant. Mais dans ce film, le Black Panther légitime est marqué par du violet et l’illégitime par le doré. Cette organisation est également présente dans les costumes « civils ».

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Dans la culture africaine, l’or est un attribut royal, signe de richesse et de pouvoir. Ce minéral est ici l’apanage d’une autorité armée de rage et d’une force vive. De l’autre coté, le violet, une couleur aux signifiés abordant le spirituel, le calme et le respect est revêtu par Tchalla. Ce choix est effectivement représentatif de bien de cultures africaines où le noir n’est pas forcément signe de “mal” mais d’honneur. Avec cette opposition “royale”, on y voit clairement l’optique de chaque leader.

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Dans les posters, ils sont de face, la tête baissée et exhibant leurs armes de vibranium. Tchalla avec les griffes transgénérationnelles de la panthère noire et l’autre avec l’épée et une lance, premier signe de métissage.

L’AFRIQUE TRADIMODERNE : DU METISSAGE, DE LA REORGANISATION DU GENRE ET DE LA TECHNIQUE

L’Afrique à la pointe de la technologie que nous offre Black Panther est un futur envisageable. Mais la finesse de cette projection réside dans le personnage qui l’incarne : la sœur de Tchalla, Shuri Dans ce projet futuriste, nous avons donc deux changements : au niveau macro, une inclinaison pour les machines et au niveau micro, un empowerment de la femme. Autour de Shuri, on retrouve les signes de ce bouleversement au début du film avec une espionne (qui est partie sauver des filles enlevées par Boko Haram) et la gardienne royale qui rappelle les amazones du Bénin.

Le futur proposé de l’Afrique fonctionne avec une formule : Restructuration sociale + technologie = émergence. Dans cette équation, la première partie consiste en un retour aux sources, à des valeurs traditionnelles (flèches vertes) et la seconde en un pas vers l’avenir et l’ouverture vers le monde ( flèches rouges).

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Carré sémiotique du film Black Panther : la tension entre tradition et modernité.

Dans la restructuration sociale, il faut cerner le changement des représentations de la femme. Le modèle social dont il est question n’associe pas la femme à la faiblesse, la douceur, au passif et à l’inaction. Il définit la femme comme un être capable d’activité de réflexion, d’invention mais également de force physique, d’ardeur et d’autorité. C’est véritablement un ancien modèle africain qui doit être re-adopté. C’est là tous le sens de cette tension entre tradition et modernité. Elle nous ramène à la question du métissage culturel sur son étendue et son intensité. La redéfinition des stéréotypes/signifiés associés à la femme engendrera une restructuration socio-culturelle profonde (qui a existé dans les civilisations africaines).

Nous devons donc nous interroger sur la place de la femme dans notre société actuelle qui est le produit du métissage parfois excessif. Laquelle des quatre positions ci-dessous est accordée à la femme d’aujourd’hui ? (Ce serait sympa de votre part d’avoir vos réponses en commentaire. ;-))

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4 formes de valorisations obtenues par croisement de deux valeurs

Outre cette question, nous avons également celle de la légitimité du roi. L’accession au trône s’opérant par le combat physique n’est pas un gage de sécurité pour un royaume. L’affrontement entre Killmonger et son cousin montre bien les limites de certains rites sur lesquels le métissage (tradition+modernité) apporte de nouvelles perspectives.

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Pour revenir au développement technologique, il est ponctué par la politique protectionniste du Wakanda. Bien que futuriste, on peut se demander que serait actuellement l’équivalent de cette technologie. Une réponse partielle est offerte lorsqu’il s’agit de guérir l’agent secret. A cet instant, on comprend que la technologie africaine n’est pas que machine et métal mais aussi un savoir sur les arts mystiques, biologiques et naturels qui peuvent combler les limites de la technologie métallique.

HISTOIRE D’ORIGINE ET ORIGINE DES HISTOIRES

L’un des aspects les plus révélateurs des valeurs familiales et spirituelles est le rituel d’intronisation des deux Black Panther. En effet, après avoir obtenu la légitimité de roi lors du combat rituel, il faut boire le breuvage qui confère le pouvoir de Black Panther. Une fois absorbé, le roi est recouvert afin de rencontrer les esprits. Tandis que Tchalla retrouve son défunt père et les anciens du Wakanda, Killmonger revit la tristesse de son père et le sentiment de solitude qui l’a animé. Ce passage évoque deux points : la possibilité de communiquer avec les non-vivants et une genèse du « mal » dû à une perdition de l’identité.

La famille au sens large se trouve limitée dans l’espace et le temps car elle ne traverse pas les contrées pour donner un sentiment d’appartenance aux autres Wakandais (au sens large, les africains) du monde. Ils finissent par perdre leur identité et à vivre une solitude dont les conséquences sont réflexives.

ACTORIALISATION : FAMILLE ET POLITIQUE NATIONALE

L’ensemble des figures principales incarne des valeurs qui ont leurs antagonistes humains ou non humains. Regardons cela ensemble. Les points de convergence marqués en orange s’organisent autour de deux valeurs : la famille et l’ouverture du Wakanda sur le monde.

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Cartographie des acteurs principaux et de leurs relations.

La famille en tant que valeur fondamentale dans les cultures africaines crée des liens entre tribus et les individus mais la question d’ouverture relie des étrangers à des nationaux. Ces deux objets de valeurs permettent de complexifier la structure narrative du film. Killmonger en apportant le corps inanimé de Clauss, applique le principe suivant : «l’ennemi de mon ennemi est mon ami ». Ainsi, obtient-il son changement identitaire d’américain à wakandais avant l’opportunité d’affirmer ses liens parentaux.

L’OUVERTURE, LE METISSAGE : UNE QUESTION DE DOSAGE

La question de l’ouverture du Wakanda est abordée sur deux angles : soit faire du colonialisme en allant dominer les blancs et en oubliant son identité, soit tisser des liens amicaux pour partager le savoir. Le personnage qui incarne en réalité cette dualité est Tchalla. A la fin du film, il présente le Wakanda au monde en créant un centre de partage aux USA dans l’immeuble où son oncle est mort. Il fait un choix entre 4 stratégies d’ouverture. Le schéma ci-dessous permet d’observer le phénomène de métissage : sur l’axe horizontal, son étendue dans l’espace, le temps, les pratiques, etc. Sur la verticale, on évalue son intensité, sa force ou encore sa présence.

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UN SUCCES DE CULTURAL BRANDING

Le succès de ce film démontre toute la force du cultural branding. Black Panther touche des points de fractures sociales et crée de l’adhésion et de l’engagement. Pour rappel, le premier super-héros noir de comics américain naît à l’époque du mouvement des droits civiques qui agite l’Amérique des années 1960. Ses contextes antérieur et actuel lui permettent d’être une figure éloquente pour les africains de tout azimuts. Dans notre prochain article, nous présenterons les stratégies « wakandaises » pour créer son succès de branding culturel.

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